Vaklav Klaus, Martin Schultz, la Démocratie et le Fascisme
Par philippulus le dimanche, mars 1 2009, 14:01 - Lien permanent
La démocratie est actuellement le maître-mot des leaders politiques, elle devient même participative dans certains débats populaires, et populistes, du parti socialiste français, sous la houlette de leurs dirigeants qui prétendent impliquer le plus grand nombre, la majorité, dans des processus décisionnels, alors que c'est le sens premier, la définition propre du terme démocratie, comme je le rappelais récemment dans un article sur les formes de gouvernement :
Le terme démocratie provient de deux mots grecs: "Demos" qui signifie "le peuple" et "Kratem" qui signifie "diriger". La démocratie signifie par conséquent "Le pouvoir du peuple", la règle de la majorité.
Ceci sonne bien, mais supposons que la majorité décide de s'emparer de la présidence ou de l'entreprise, ou des enfants de quelqu'un: de toute évidence, il doit y avoir une limite. Le biais de la démocratie est que la majorité ne subit aucune contrainte: si plus de la moité des personnes peut être persuadée de vouloir quelque chose dans un cadre démocratique, ils dirigent.
C'est précisément la teneur des propos d'André Laignel, député socialiste, qui déclarait à l'opposition, le 13 octobre 1981, à propos de l'inconstitutionnalité des lois de nationalisation:
« Taisez-vous ! Vous avez juridiquement tort, puisque vous êtes politiquement minoritaires »
Cette réplique a été reprise par Lionel Jospin, alors Premier Ministre, socialiste lui aussi, face à son opposition de l’époque.
Suite au discours du Président de la République Tchèque, qui assure actuellement la présidence de l'Union Européenne, le président du parlement Hans-Gert Pöttering lui a également rappelé que la démocratie, c’est la règle de la majorité, tandis que Martin Schultz, le chef de file des Euro-députés socialistes, encore une fois, a prétendu que le soutien qu'à reçu Mr. Klaus sous forme d'applaudissements à l'issue de son discours relève d'une minorité anti-européenne et néo-fasciste.
Vincent Bénard, le président de l'Institut Hayek de Bruxelles, a réagit à ces propos inacceptables en adressant une lettre ouverte à Martin Schultz et Hans-Gert Pöttering publiée le 25 Février 2009.
Cette lettre étant rédigée en anglais uniquement, j'en propose ici une traduction intégrale, que Mr. Bénard en personne a pris la peine de réviser suite à sa publication initiale ici-même, ce pour quoi je tiens à le remercier.
Lettre ouverte à Martin Schultz, Président du Parti du groupe des Socialistes Européens au Parlement Européen, représentant de l'Allemagne, et au président du parlement Hans-Gert Pöttering.
Cher Mr. le Député, cher Mr. le Président,
Nombreux sont ceux qui ont été choquées par la réaction de Mr. Schultz, le Président du groupe des Socialistes Européens, aux applaudissements fournis qui ont accompagné le discours de Mr. Vaklav Klaus, président de la République Tchèque, devant le Parlement Européen le Jeudi 19 Février.
Plusieurs articles de presse ont rapporté les déclarations suivantes de Martin Schulz. Selon le propre site internet du groupe socialiste, Mr. Schulz a affirmé que:
"Nous prenons note qu'une personne, qui se trouve être totalement isolée, a été applaudie par un aggrégat d'anti-Européens et de néo-fascistes. Il a fait un discours qui montre qu'il n'a aucune compréhension de la démocratie ni du fonctionnement des institutions Européennes. Mon message à Mr. Klaus est que le Traité de Lisbonne entrera en application."
Nous, les libéraux Européens, nous sentons profondément choqués et insultés par cette assimilation grotesque faite par Mr. le Député Schultz, affirmant que ceux qui ont applaudi Mr. Klaus ne peuvent qu'être anti-Européens et néo-fascistes.
Cette tentative d'associer certaines des personnes insatisfaites de la direction prise par la construction européenne ces dernières années, et dont le point de vue est défendu brillamment par Mr. Klaus, à des "anti européens", et de façon encore plus choquante, à des "néo-fascistes", est une horrible résurrection des anciennes tactiques de Staline et Goebbels, lorsque des attaques abjectes ad hominem étaient utilisées comme seuls arguments permettant de justifier la persécution des dissidents.
De façon surprenante, ces commentaires odieux ont été tenus par un homme qui s'est trouvé lui-même insulté de la manière la plus grossière par Mr. Silvio Berlusconi, à l'occasion d'un indicent célèbre qui est mis en exergue sur la page Wikipedia de Mr. Schultz. Nous aurions pu nous attendre à des termes plus mesurés de la part d'un homme qui s'est trouvé dans la même situation que celle que nous dénonçons aujourd'hui.
Non, Mr. Schulz, les personnes qui, à travers le monde, applaudissent Mr. Klaus, ne sont ni "anti-européens" ni "néo-fascistes". En premier lieu, vous aurez sûrement remarqué que Mr. Klaus, dans son discours a pris soin de répéter à deux reprises que selon lui, il n'y avait pas d'alternative au succès de l'intégration européenne pour son pays. Seules lui paraissaient devoir être discutées les modalités de cette intégration, tout comme elles paraissent discutables pour les citoyens des trois pays qui ont rejeté, pour différentes raisons, soit le projet de feu le "traité constitutionnel", soit le traité de Lisbonne. Mr. Schultz oserait-il dire que tous ces électeurs ayant voté "Non" étaient "anti-européens" ou "néo-fascistes"? Je ne l'espère pas. Peut-être que les gens ordinaires n'ont, selon les propres mot de Mr. Schultz, aucune compréhension de la démocratie et de la façon dont fonctionnent les institutions européennes. Des gens stupides, vraiment Mais vous devriez démontrer plus de respect pour les personnes qui sont en désaccord avec vos propres opinions sur ce que devrait être l'Europe, si vous souhaitez que la plupart des gens aiment l'idée Européenne, au lieu de considérer l'Europe comme un problème.
En second lieu, Mr. Klaus, en tant que libéral authentique, qui a tant fait pour reconstruire son pays après plus de 40 années de soumission à la plus horrible des dictatures, peut difficilement être rabaissé au rang de "néo-fasciste" par association, comme Mr. Schultz tente de le faire. En supposant que toute personne qui s'oppose à la façon dont la construction européenne est actuellement menée puisse être assimilée à un "néo-fasciste", il est à craindre que ce soit Mr. Schultz qui ait perdu de vue ce qu'est réellement la démocratie.
Cette crainte est renforcée lorsque Mr. Schultz prétend que "le traité de Lisbonne entrera en vigueur", bien qu'il ait été rejeté par un Etat membre, et prudemment retiré de tout référendum général dans tous les autres pays de l'union, même si les sondages indiquent que les opinions publiques étaient en profond désaccord avec leur représentations parlementaires.
Permettez-moi de vous rappeler, Mr. Schultz, pourquoi tant de personnes profondément attachées aux libertés individuelles n'aiment pas le traité de Lisbonne, pas plus qu'elles n'aimaient le "traité constitutionnel". Ce traité promeut une approche profondément biaisée du principe de subsidiarité qui est consubstantiel à la liberté individuelle. Le traité expose clairement que les états conservent leur compétence dans les domaines législatifs seulement si le niveau européen n'a pas fait jouer la sienne. Nous savons que ce principe de subsidiarité est d'ores et déjà sérieusement malmené dans de nombreux états de l'union, aussi comprendrez vous qu'ajouter un niveau institutionnel supplémentaire qui éloigne un peu plus de nous le pouvoir de décider comment nous devons conduire nos vies, ne provoque pas des réactions d'enthousiasme chez les amoureux de la liberté.
Ce sentiment est hélas renforcé par de nombreuses directives qui ont été votées par le parlement européen au cours des années passées, réglementant encore et encore des aspects toujours plus nombreux de notre vie quotidienne, parfois d'une manière qui parait totalement absurde à nombre d'entre-nous. Nous sommes surpris lorsque les chaines télévisées nous montrent la briéveté et le côté superficiel des débats. Et nous craignons que le pouvoir ne puisse être confisqué par des bureaucrates sans la moindre légitimité démocratique lorsque nous constatons que le parlement européen n'a aucun réel pouvoir sur son ordre du jour.
Pour toutes ces raisons et d'autres encore, les libéraux européens soutiennent le président Klaus, l'une des seules personnes possédant quelque influence dans l'union qui ose vouloir remettre en question toutes ces dérives fondamentales du mode de fonctionnement actuel des institutions européennes.
Je comprends que vous puissiez vous sentir mal-à-l'aise lorsque Mr. Klaus affirme que la plupart des priorités actuelles des institutions européennes "sont, de plus, dirigées par les ambitions de politiciens professionnels et celles des personnes de leur entourage, et non pas par les intérêts des citoyens ordinaires des états membres". Comme vous êtes vous-même un homme politique professionnel, vous pourriez vous sentir offensé par une telle affirmation. Vous devriez toutefois prendre conscience du fait qu'il ne s'agit pas d'une opinion isolée d'une personne qualifiée d'"homme isolé", tel que vous l'avez dépeint, mais un sentiment qui se développe de plus en plus parmi les citoyens de l'union. Vous ne pourrez pas éviter un débat sur le sujet de la confiscation des pouvoirs par une catégorie de politiciens professionnels en vous contentant d'affubler ceux qui osent applaudir de telles dénonciations d'adjectifs tels que "populistes" ou "néo-fascistes". Limiter le pouvoir des politiciens professionnels à confisquer nos libertés est une cause juste que défend Vaklav Klaus, et c'est pourqoi la plupart des libéraux européens se tiennent fermement à ses côtés dans ce combat.
Pour terminer, je souhaiterais dire à Mr. le président Hans-Gert Pöttering, que lorsque qu'il affirme que "dans une démocratie, c'est l'opinion de la majorité qui importe", ceci est valable pour autant que les opinions de la majorité n'imposent pas de contraintes indûes aux minorités, et ne peuvent être imposées aux dépends des libertés individuelles fondamentales. Cette compréhension tout à fait essentielle de ce qu'est la démocratie, ou du moins ce qu'elle devrait être, ne devrait jamais être oubliée de nos parlementaires européens, et tout particulièrement par leur président.
Respectueusement,
Vincent BENARD,
Président de l'Institut Hayek, Bruxelles
http://www.fahayek.org
Comme le déclare Henri Hazlitt dans l'économie politique en une leçon:
L'art de la politique économique consiste à ne pas considérer uniquement l'aspect immédiat d'un problème ou d'un acte, mais à envisager ses effets plus lointains ; il consiste essentiellement à considérer les conséquences que cette politique peut avoir, non seulement sur un groupe d'hommes ou d'intérêts donnés, mais sur tous les groupes existants.
J'adhère totalement aux propos de Vincent Bénard, tout en craignant que la tyrannie qui s'impose à nous de manière de plus en plus large par le biais d'un mode de gouvernance dite "démocratique" ne découle sur un autoritarisme de plus en plus centralisé de la part des institutions européennes.
philippulus

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