Dans la période dépressionnaire actuelle, nous assistons à une orgie de plans de sauvegarde, de cautionnements et de nationalisations visant, soit-disant, à sauvegarder les grandes sociétés, dont la faillite est jugée intolérable compte-tenu de nombre d'emplois qu'elles représentent.
Si les entreprises sont en difficulté, c'est très souvent parceque leurs produits ou services ne sont pas adaptés à la demande du marché, et parceque leur stratégie n'a pas suffisamment pris en compte le nécessaire renouvellement des activités des sociétés en questions, et surtout parceque des investissements démesurés ou inadaptés ont été réalisés.
Malheureusement, la pensée unique dans le domaine économique considère le théorème du "too big too fail" (trop grand pour échouer) comme un principe acquis du fonctionnement de l'économie.
L'économie s'articule autour des banques centrales, reines monopolistiques de la création monétaire, qui inondent le marché de notes de crédit bancaires conduisant à la distribution sélective de monnaie nouvelle aux grands établissements bancaires, à l'inflation monétaire et à l'appauvrissement des populations.
Ces établissements financiers viennent en aide en tout premier lieu aux gouvernements et aux lobbys industriels qui leurs sont intimement liés. Il s'en suit une distribution inégalitaire de cette monnaie nouvelle en faveur des grandes entreprises, des membres du gouvernement, et du monde de la finance.
Cette distribution inégalitaire permet à ces grands établissements de croître toujours plus, en écrasant la concurrence et l'innovation sous des tonnes de réglementations administratives censées protéger l'environnement ou la santé humaine, éradiquer la pauvreté ou réduire les inégalités, ou contribuer - paradoxalement - au développement économique.
Ainsi, on se retrouve avec des consortiums et des lobbys intimement connectés au pouvoir central des Etats, ayant réalisés surinvestissements et malinvestissements en massse, avec des structures complètement inadaptées au renouvellement du tissus économique, incapable d'innover et produisant toute sortes de biens et de service dont les consommateurs ne veulent pas, ou plus.
La concurrence ayant été muselée, les petites entreprises innovantes et créatives, ainsi que les nouveaux domaines d'activité, prennent un retard considérable dans leur développement, faisant la part belle aux lobbys, souvent présentés comme les fleurons des économies nationales, alors qu'ils ne sont en fait que le fruit d'une centralisation à l'excès des activités économiques, ce que l'on caractérise par le mercantilisme, ou capitalisme d'Etat.
Lorsque les conditions économiques s'aggravent, ces grandes entreprises sont plus rapidement touchées compte tenu de leur offre particulièrement inadaptée aux besoins du marché, mais dont le développement a été soutenu par une croissance artificielle, stéroïdique, à coup de stimulants étatiques.
C'est dans ce contexte que toujours plus de régulations, de stimulants et de soutiens économiques sont réclamés, et générallement accordés par les dirigeants politiques, au prétexte fallacieux de sauvegarder les emplois, mais en fait plus soucieux de préserver à la fois leurs intérêts personnels et leur popularité, tout autant que les intérêts de leurs compères dirigeants à la tête de ces entreprises et autres établissements financiers en grande difficulté.
La lecture de la satyre écrite par Frédéric Bastiat en 1845 sous la forme de "la pétition des fabricants de chandelles" met en évidence l'absurdité de ces plans de sauvegarde, des mesures de soutien aux entreprises et de la lutte contre la concurrence prétenduement déloyale:
Chapitre VII de la Ière série des Sophismes économiques
Pétition
des fabricants de chandelles, bougies, lampes, chandeliers, réverbères, mouchettes, éteignoirs, et des producteurs de suif, huile, résine, alcool, et généralement de tout ce qui concerne l'éclairage
À MM. les Membres de la Chambre des Députés
« Messieurs,»
« Vous êtes dans la bonne voie. Vous repoussez les théories abstraites; l'abondance, le bon marché vous touchent peu. Vous vous préoccupez surtout du sort du producteur. Vous le voulez affranchir de la concurrence extérieure, en un mot, vous voulez réserver le marché national au travail national.»
« Nous venons vous offrir une admirable occasion d'appliquer votre... comment dirons-nous? votre théorie? non, rien n'est plus trompeur que la théorie; votre doctrine? votre système? votre principe? mais vous n'aimez pas les doctrines, vous avez horreur des systèmes, et, quant aux principes, vous déclarez qu'il n'y en a pas en économie sociale; nous dirons donc votre pratique, votre pratique sans théorie et sans principe.»
« Nous subissons l'intolérable concurrence d'un rival étranger placé, à ce qu'il paraît, dans des conditions tellement supérieures aux nôtres, pour la production de la lumière, qu'il en inonde notre marché national à un prix fabuleusement réduit; car, aussitôt qu'il se montre, notre vente cesse, tous les consommateurs s'adressent à lui, et une branche d'industrie française, dont les ramifications sont innombrables, est tout à coup frappée de la stagnation la plus complète. Ce rival, qui n'est autre que le soleil, nous fait une guerre si acharnée, que nous soupçonnons qu'il nous est suscité par la perfide Albion (bonne diplomatie par le temps qui court!), d'autant qu'il a pour cette île orgueilleuse des ménagements dont il se dispense envers nous.»
« Nous demandons qu'il vous plaise de faire une loi qui ordonne la fermeture de toutes fenêtres, lucarnes, abat-jour, contre-vents, volets, rideaux, vasistas, œils-de-bœuf, stores, en un mot, de toutes ouvertures, trous, fentes et fissures par lesquelles la lumière du soleil a coutume de pénétrer dans les maisons, au préjudice des belles industries dont nous nous flattons d'avoir doté le pays, qui ne saurait sans ingratitude nous abandonner aujourd'hui à une lutte si inégale.»
Bastiat, visionnaire et libéral, avait avec cette pétition peut-être omis de préciser que l'impôts sur les portes et les fenêtres avait déjà été instauré dès 1798, avec toutes les conséquences que celà imposa telles que la construction de logements glauques et insalubres, et la promiscuité comme on l'a connu notamment dans les courées du Nord, dont certaines existent encore à ce jour, comme par exemple dans la ville de Roubaix, dont je suis originaire.
Les réglementations, les contraintes, les sauvegardes et l'étouffement de la concurrence n'ont pour effet que de consommer de précieuses ressources, de retarder l'innovation, d'appauvrir la population, de ralentir le développement économique et d'aggraver les conséquence d'une crise qui sera au final bien plus sévère et profonde que si l'on avait laissé les mécanisme de réajustement de l'économie se mettre en place naturellement.
L'économie est un système évolutif, qui fonctionne selon les même principes darwiniens que ceux de la sélection naturelle dans le domaine du vivant. Ce ne sont pas les organismes les plus grands ou les plus puissants qui survivent, mais ceux qui sont le mieux adaptés à leur environnement et à l'utilisation plus efficace des ressources disponibles.
Les dinosaures ont disparus de la surface de la terre, mais s'il avait alors existé une Banque Centrale Zoologique, nulle doute qu'un plan de sauvegarde gigantesque aurait été mis en place par la BCZ pour leur venir en aide contre la concurrence déloyale des organismes de taille inférieure et pour lutter contre les migrations animales à l'échelle planétaire.
Les entreprises les plus importantes, même si elles représentent une somme d'emploi considérable, ne sont pas les mieux adaptées au développement économique. Aucun leader sur son marché, dans un environnement strictement compétitif, n'est en mesure de préserver sa position dominante pendant une période prolongée sans le soutien inconditionnel de l'Etat central. Seul les réglements et les financements sélectivement octroyés permettent ce genre de situation et la pérennisation de la position monopolistique de grands consortiums nationaux.
Laissons ces sociétés faire faillite plutôt que de gâcher de précieuses ressources que les investisseurs n'auraient jamais choisi d'investir à ces fins de sauvetage d'entreprises commercialisant des produits que personne ne souhaite plus acquérir.
Laissons ces grandes sociétés payer la note de leur stratégie inconséquente et de leur usage abusif du crédit bancaire, car la concurrence est là, prête à se saisir des activités, des parts de marché, et des actifs de ces sociétés, afin de mettre sur le marché des produits nouveaux et innovants, tout en créant de nouveaux emplois venant en remplacement de ceux qui auront été détruits, et bien au delà.
Seule l'innovation et le renouvellement économique pourront nous sortir de l'ornière dans laquelle nos gouvernants, les banques centrales et leurs alliés financiers nous ont plongé, et non pas les plans de sauvegarde et les privilèges iniques ainsi que les trilliards gaspillés sur notre dos et à notre insu.

sur des pyramides vertigineuses de dettes et de crédits, il ne s’agit pas là d’une conséquence du libre fonctionnement des marchés. Au contraire, l’extrême fragilité de nos économies est le fruit d’interventions politiques favorisant systématiquement la consommation par rapport à l’épargne et la dette par rapport au capital. D’où l’émergence d’un «capitalisme sans capital» et l’éclatement de la crise actuelle. Pour en sortir, plutôt que de vouloir stimuler la consommation et l’émission de nouvelles dettes, il conviendrait au contraire de favoriser la reconstitution des stocks d’épargne réelle et de capital.
La maladie atteint toutes les couches de la population. J’ai apprécié ce titre dans les journaux « Les libéraux de l’UMP se félicitent de l’intervention croissante de l’Etat ». Même parmi quelques personnes passant naguère pour des intellectuels libéraux, on se résout, la mort dans l’âme, à souhaiter l’inondation monétaire pour éviter la faillite des banques. Comme la crise menace aussi des milliers d’entreprises, on se résout encore à des crédits injustifiés pour sauver les emplois. Pour l’instant la seule recommandation keynésienne qui n’ait pas encore été reprise est le protectionnisme pur et dur : jusqu’ici la mondialisation a trouvé grâce, bien que les fonds souverains fassent recette.
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